La fibromyalgie avec l'Union des fibromyalgiques et douloureux chroniques du Morbihan, en Bretagne : vous avez des douleurs musculaires, tendineuses, l'effort physique est une épreuve, vous êtes fatigué en permanence jusqu'à l' épuisements, l'anxiété et le stress aggravent votre état : vous êtes peut-être atteint de fibromyalgie.
Union des fibromyalgiques et douloureux chroniques
du Morbihan


38, rue Lancelot du Lac - 56000 Vannes

Téléphone/fax : 02 97 47 13 84

La fibromyalgie

par le Dr Charly Cohen, rhumatologue

Vous avez “mal partout” et de plus, vous êtes fatigué en permanence ? Tous les examens sont normaux et aucun traitement ne vous soulage réellement. Vous êtes probablement atteint d’une maladie fréquente, bien réelle, qui touche les femmes dans environ 80 % des cas.

Essentiellement des femmes jeunes ou d’âge moyen, souvent actives, souffrent de cette étrange maladie, désignée par le sigle SPID (Syndrome Polyalgique Idiopathique Diffus) ou bien par le terme fibromyalgie, qui a le mérite d’exprimer des douleurs provenant des fibres des muscles et des tendons.

Cette maladie des temps modernes était autrefois ignorée et, après de multiples examens qui se révélaient normaux, les médecins attribuaient, à tort, les douleurs persistantes et rebelles à une origine psychique, à une dépression masquée ou à une sorte de somatisation de problèmes psychiatriques. Cet état douloureux chronique est aujourd’hui généralement reconnu par les médecins et pas seulement en France.

Les douleurs sont rebelles et diffuses.
· Elles prédominent à certains endroits du corps, le plus souvent dans la région lombaire, le cou, les épaules, et parfois le milieu du dos, la paroi thoracique, les hanches, les genoux, les coudes et les chevilles, sans toutefois exclure les autres parties du corps.

Toutes les régions du corps peuvent être concernées, de la tête aux pieds.

· Ces douleurs sont parfois tellement diffuses, que le patient se plaint d’avoir “mal partout”.

· Décrites comme des “contractures ou des tensions musculaires”, les douleurs peuvent changer d’emplacement et d’intensité d’un jour à l’autre, d’une semaine à l’autre, d’où leur appellation imagée de “douleurs baladeuses”.

· Le retentissement physique de ces douleurs qui évoluent depuis plusieurs années est très important avec des difficultés dans le travail, la vie courante, les activités ménagères.

· Ces douleurs s’accompagnent de tout un cortège de plaintes. Le plus souvent, il s’agit d’une fatigue rebelle dès le matin, au réveil et de troubles de sommeil.

· Il s’y associe souvent, mais dans une proportion moindre des maux de ventre par colopathie spamodique et des maux de tête (qui proviennent du cou, de tension nerveuse ou une vraie migraine).

· Plus rarement d’autres troubles sont ressentis, tels que des crampes, des douleurs pelviennes, une sensation de muscle enraidi, des douleurs de mâchoire, un syndrome sec avec bouche et yeux secs, enfin une sensation de froid, de fourmillements ou d’engourdissements des extrémités.

· Les personnes qui sont atteintes de cette affection sont anxieuses, émotives irritables et parfois “spasmophiles”. Elles ne sont pas déprimées, mais on trouve souvent, à l’interrogatoire, un antécédent dépressif plus ou moins lointain. Les situations de “stress”, le surmenage, ainsi que les troubles affectifs sont aussi largement incriminés.

Il faut cependant noter que les douleurs diffuses, les troubles du sommeil et la fatigue sont, par elles-mêmes, cause d’anxiété.

· Les premiers signes apparaissent souvent à l’occasion d’un “facteur déclenchant” : un choc émotionnel, un accident de circulation du type “coup du lapin”, une intervention chirurgicale, un deuil, un conflit familial ou des difficultés professionnelles.

· Les douleurs sont aggravées par le froid, l’humidité, les courants d’air, lors d’efforts soutenus ou de mauvaises postures (tâches ménagères comme le repassage ou position statique prolongée au travail face à un écran d’ordinateur), par les émotions et le stress…de la vie professionnelle ou familiale. Elles peuvent s’atténuer par le repos et pendant les vacances.

Des points douloureux à la palpation

12 à 18 points douloureux, souvent symétriques, répartis de façon précise, à la pression de certaines zones musculaires et d’insertions tendineuses.
Le diagnostic repose sur un examen clinique minutieux.

A la palpation, le praticien localise les points douloureux qui correspondent à des atteintes musculaires et tendineuses, plus exactement des zones d’insertion des tendons de certains muscles.

Sur ces points, la pression modérée au doigt est très douloureuse ; les patients réagissent par un retrait ou une grimace.

Ces points douloureux multiples sont retrouvés dans les régions spontanément douloureuses et même ailleurs.

La peau, anormalement sensible, manque de souplesse et présente des zones indurées et douloureuses au pincé-roulé.

Contrastant avec l’intensité de la plainte douloureuse, le reste de l’examen clinique est rassurant.

Les articulations sont normales sans épanchement, sans déformation et sans limitation dans les mouvements.

Les articulations des mains et des pieds sont respectées et contrairement à ce qui se passe dans les rhumatismes inflammatoires, la fibromyalgique garde toujours ses bagues.

· Il existe des formes localisées de fibromyalgie associant six à huit point douloureux dans le cou, des épaules et de la région lombaire, par exemple.

Les examens ne révèlent rien.
Les examens sanguins sont normaux : vitesse de sédimentation à la recherche d’un syndrome inflammatoire, numération, formule sanguine, taux de calcium et de potassium, enzymes nucléaires, facteurs rhumatoïdes, anticorps antinucléaires et bilan thyroïdien ne servent qu’à éliminer d’autres maladies.

Les radiographies, peuvent signaler des anomalies mineures, telles une discrète scoliose, une arthrose cervicale ou lombaire avec pincement de disques, une calcification tendineuse. Elles peuvent cependant être considérées comme “normale” puisque les anomalies qu’elles révèlent sont banales et se retrouvent avec la même fréquence dans l’ensemble de la population.

La prescription d’une cascade d’examens inutiles et coûteux peut aboutir à des traitements agressifs, (pouvant aller jusqu’à la chirurgie), totalement inefficaces, voire même aggravants.

Devant les plaintes répétées de sa patiente du type “j’ai mal partout”, “personne n’a jamais trouvé ce que j’ai” ou “je ne m’en sors pas” l’erreur du médecin serait de dire d’une phrase expéditive : “vous n’avez rien, tout se passe dans la tête…” ou encore : “c’est psychosomatique…”. Il faut , au contraire, proposer une prise en charge globale des douleurs et du “terrain”.

Évolution
La fibromyalgie peut évoluer pendant des années sur un fond douloureux permanent entrecoupé de périodes de crises, entraînant une gêne fonctionnelle parfois invalidante, mais jamais de destruction articulaire, ni d’atteinte neurologique. L’absence de traitement approprié peut conduire vers le découragement et la dépression. Le patient peut alors être pris dans une véritable ronde infernale. La douleur chronique est responsable d’une dépression réactionnelle, qui, à son tour, exacerbe la sensation douloureuse elle-même.

Une origine mystérieuse : “pas si psychique que ça”
Alors que le diagnostic de fibromyalgie est relativement facile à poser, l’origine, elle, est beaucoup plus complexe. Anomalie primitive des muscles et des tendons, déficit de certains médiateurs chimiques comme la sérotonine, connue pour son action antidouleur, anomalie de transmission ou de perception de la douleur, existence d’un état anxio-dépressif augmentant la sensibilité à la douleur, déficit en sommeil réparateur profond : telles sont les différentes hypothèses actuellement avancées pour expliquer l’origine de la fibromyalgie.

Les patients douloureux décrivent une hyper-réactivité au stress ou un “mal de vivre”, mais une théorie fondée uniquement sur des troubles du psychisme ne peut à elle seule, expliquer la maladie. Des sujets au profil psychologique d’apparence normal souffrent d’ailleurs parfois de fibromyalgie. Les troubles du sommeil dont se plaignent les patients dans 80 à 90 % des cas jouent certainement un rôle important mais ne semble pas être la cause de l’affection. En effet, le seul rétablissement du sommeil par hypnotique ne soulage que faiblement les douleurs éprouvées.

Les diagnostics à éliminer
La fibromyalgie est un diagnostic par exclusion. Elle ne peut être envisagée qu’après avoir éliminé :

· un rhumatisme inflammatoire provoqué par un psoriasis, une polyarthrite rhumatoïde, un syndrome sec de Gougerot ou un lupus, une spondylarthrite ankylosante…

Mais la fibromylagie peut s’associer à un rhumatisme inflammatoire,

· des douleurs et une fatigue d’origine psychosomatique ou dues à une dépression parfois masquée,

· une fatigue de cause infectieuse (hépatite virale, tuberculose,…) ou endocrinienne (hypothyroïdie),>

· la prise de certains médicaments qui peut provoquer des douleurs musculaires et tendineuses : médicaments qui diminuent le cholestérol (statine et fibrates) et certains antibiotiques, notamment ceux utilisés dans les infections urinaires,

· Le syndrome de fatigue chronique (SFC)

Le SFC a été appelé aux Etats-Unis : “Syndrome des yuppies” (de l’anglais : Young Urban Professionnals), car il affectait tout particulièrement les jeunes cadres actifs des grandes villes.

Très connu de l’autre côté de l’Atlantique, il est en fait encore peu diagnostiqué en France.

Le signe majeur est l’existence d’une fatigue persistante, rebelle, profonde et invalidante qui limite les activités de la vie courante, souvent à la suite d’un épisode viral ou pseudo-grippal.

On note également des douleurs musculaires, mais également articulaires, qui concernent aussi bien le dos que les membres, des troubles du sommeil, des maux de tête, des troubles de la mémoire, de la concentration et des dérangements intestinaux. Une petite fièvre persistante, un mal de gorge ou des ganglions permettent parfois d’évoquer un syndrome de fatigue chronique. Il peut y avoir une exacerbation des signes au cours d’épisodes infectieux. Cette maladie est encore mal connue en France du fait de l’enseignement médical quasi inexistant et les patients atteints de SFC sont souvent considérés comme des “malades imaginaires”.

Il existe, pour l’instant, aucun examen biologique qui permette le diagnostic de SFC. Celui-ci est donc établi avant tout par élimination, c’est-à-dire en l’absence de toute maladie causant une fatigue : anémie, cancer hypothyroïdie, infection notamment virale (hépatite virale, mononucléose infectieuse, sida…), dépression parfois masquée ; mais la fatigue chronique et les douleurs diverses peuvent entraîner une dépression réactionnelle. Le diagnostic de SFC est parfois difficile avec celui de fibromyalgie, entité douloureuse chronique très fréquente qui atteint en majorité les femmes. Dans le SFC c’est la fatigue épuisante qui domine le tableau clinique alors que dans la fibromylagie, ce sont les douleurs diffuses tendino-musculaires qui sont au premier plan. Dans l’état actuel des connaissances SFC et fibromyalgie sont deux maladies d’origines différentes.

Le SFC surviendrait à la suite d’une infection virale chez des sujets stressés, sur un terrain déterminé. Le virus en cause, qui n’a pas été identifié de façon formelle, agirait sur les défenses immunitaires de l’organisme. Une autre hypothèse est la présence d’une enzyme, une ribonucléase anormale, trop active qui entraînerait la fatigue. Il s’agit en fait d’hypothèse pour expliquer l’origine de cette maladie qui, pour l’instant, n’est pas formellement établie.

À l’opposé, il ne faut pas appeler fibromylagie certaines maladies rhumatologiques locales et isolées telles qu’une tendinite d’épaule, du coude ou de hanche, une céphalée cervicale, une névralgie cervico-brachiale ou une sciatique…

Un traitement efficace
Les douleurs et la fatigue persistantes retentissent sur le moral et finissent par gâcher la vie du malade. Aussi une prise en charge et un traitement précoces doivent être envisagés afin d’éviter le cercle infernal : stress – douleur – dépression secondaire.

· Il faut “écouter” attentivement le patient et soigner “en douceur”. Une bonne relation médecin-malade, fondée sur la confiance, est indispensable. L’affirmation du diagnostic de fibromyalgie et son explication ont déjà un effet bénéfique et rassurant chez ces patients souvent rejetés et excédés d’entendre qu’ils n’ont “rien” ou “pas grand-chose”. Le soutien de l’entourage sera bénéfique.

· Le repos et l’inactivité prolongée ne peuvent être que nocifs et il faut au contraire refaire prendre goût au patient à une activité quotidienne adaptée raisonnable.

· Les antalgiques de niveau “1” (tels que l’aspirine et le paracétamol) et de niveau “2” (DIANTALVIC® par exemple) peuvent être efficaces, mais de façon temporaire. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens doivent être évités au long cours. Ils seront utilisés lors des poussées douloureuses. La cortisone est, bien entendu, formellement déconseillée.

· Pour calmer la douleur rapidement, les injections locales aux bons endroits d’un mélange d’anesthésique local et d’anti-inflammatoires obtiennent de bons résultats. Avec une aiguille fine, le médecin pique exactement sur les points les plus douloureux. Le soulagement est immédiat, mais, pour des résultats durables, il est nécessaire de renouveler les injections deux à trois fois à quinze jours d’intervalle.

· Le traitement vise à améliorer le sommeil, mais les tranquilisants qui perturbent le sommeil profond sont plutôt déconseillés.

· On peut utiliser les antidépresseurs, à faible dose, choisis en grande partie pour leurs effets antalgiques et pendant une période suffisamment prolongée, que le patient soit ou pas déprimé (ce d’autant qu’une perturbation du métabolisme cérébral de la sérotonine pourrait intervenir dans l’origine de la maladie). De plus les antidépresseurs ont une action sur le rétablissement du sommeil. On utilise les tricycliques à faible dose (par exemple 10 à 20 gouttes de LAROXYL“ le soir) ou les nouveaux antidépresseurs qui inhibent la recapture de la sérotonine (DEROXAT®, PROZAC®, ZOLOFT® un comprimé par jour par exemple).

· En entretien, les massages très doux avec application locale de chaleur au niveau des zones douloureuses, la relaxation, une prise en charge psychologique, la thalassothérapie, la prise de magnésium, de ginseng, d’oligo-éléments et de vitamines, une alimentation équilibrée et saine, le traitement d’une mauvaise occlusion dentaire, un aménagement du poste de travail avec une bonne hygiène posturale peuvent aider à soulager.

· Enfin une activité physique régulière, avec exercices d’étirements et de musculation, ainsi que la pratique de certains sports après un entraînement progressif, sont très importants pour améliorer à long terme la maladie.

Article du Docteur Charly Cohen sur le site de la Fédération des médecins de France : http://fmf.affinitesante.com/affiche_fmc.asp?articleid=546&CID=15

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